|
LE JARGON FRANÇAIS DE LA MAINTENANCE :
QUELQUES EXEMPLES
ACCESSIBILITÉ VERS LE COMPOSANT
Voilà une formulation contradictoire car on peut aller « vers » un point sans
jamais l’atteindre, auquel cas le point n’est pas accessible. Sans doute est-il
trop simple de dire « accessibilité du composant ».
ANALYSE DES MODES DE DÉFAILLANCE, DE LEURS EFFETS ET DE
LEUR CRITICITÉ
Cette traduction abracadabrante de l’anglais failure modes, effects and
criticality analysis (en abrégé FMECA) en dit long sur la
méconnaissance, chez son auteur, de la syntaxe de l’anglais technique, et en
particulier de ce qu’on peut appeler « empilement » ou nom surcomposé. L’ordre
correct de traduction est le suivant :
- en 1, analysis (le mot pivot) = analyse,
- en 2, modes, effects and criticality : trois noms mis sur le même plan
par un séparateur (,) et un coordonnant (and) et traduisible dans
l’ordre = des modes, des effets et de la criticité,
- en 3, failure, modificateur invariable qui porte à la fois et dans
l’ordre sur modes, sur effects et sur criticality = des
défaillances.
On se retrouve donc avec « analyse des modes, des effets et de la criticité des
défaillances », ce qui n’est pas tout à fait la même chose : il est question non
pas « des effets et de la criticité des modes de défaillance » mais « des modes,
des effets et de la criticité des défaillances ».
Pour la route, une dernière traduction aberrante rencontrée sur l’Internet : «
analyse du niveau de criticalité des modes de bris et leurs effets » !
ANALYSE VIBRATOIRE
Sur le même modèle, on pourrait fabriquer « analyse huileuse » au lieu de «
analyse des huiles » ! Conservons donc « analyse des vibrations », qui est la
traduction correcte de l’anglais vibration analysis.
ARBRE DE PANNE
La panne n’étant pas une quantité indénombrable, on ne voit pas pourquoi le mot
serait au singulier dans cette expression. Il convient donc de dire « arbre des
pannes » ou « arborescence des pannes » pour traduire failure tree ou
fault tree (en espagnol, on dit d’ailleurs « arbol de averias »).
DIAGRAMME DE TRANSITION
A l’instar d’un gouvernement de transition entre ancien pouvoir politique et
nouveau pouvoir, un diagramme de transition ne saurait être qu’une étape
intermédiaire entre un ancien diagramme et un nouveau. Ce n’est évidemment pas
le cas. Cette traduction incorrecte et tronquée de l’anglais state-transition
diagram doit céder la place à l’expression « diagramme des transitions entre
états » (« diagramme des transitions d’états » serait moins clair).
E-MAINTENANCE
L’emploi en français de ce néologisme anglais (contraction de l’expression
electronic maintenance) où e se prononce comme un « i »
long, n’est pas sans créer des problèmes d’euphonie dont on se passerait bien.
On trouve en effet « la e-maintenance », « une e-maintenance », « projet de
e-maintenance » (mais aussi « l’e-maintenance », « plate-forme d’e-maintenance
»). Pour éviter ces « a eu » et « eu eu », ne pourrait-on pas dire tout bonnement «
maintenance électronique » (voire « maintenance élec »), ou « maintenance en
ligne », ou encore « maintenance via l’Internet » ?
FONCTION MAINTENANCE
Voilà un calque de l’anglais maintenance function, expression sybilline
et prétentieuse qui ne veut rien dire d’autre que « service de maintenance » ou
« activités de maintenance », ou encore tout simplement « maintenance », à
preuve les emplois suivants :
- This computer program is used to manage the maintenance function in a plant
: Ce programme informatique sert à gérer les activités de maintenance au sein
d’une usine;
- This database allows you to benchmark your maintenance function against
other organisations : Cette base de données vous permet de confronter votre
maintenance à celles d’autres entreprises.
Ce que certains appellent, sans crainte du ridicule, « l’opérateur de la
fonction maintenance » n’est rien d’autre que « le responsable de la maintenance
».
FUITE ZÉRO
Cet anglicisme, qui est quasiment le reflet, dans un miroir, de l’anglais
zero leaks, n’en dit pas plus que le français « absence de fuites ».
IMMAINTENABILITÉ
Il était déjà difficile d’échapper à la francisation de l’anglais
maintainability, voilà que l’on nous concocte le néologisme «
immaintenabilité » pour faire pièce à l’antonyme unmaintainability,
désignant le fait d’être au-delà de toute possibilité de maintenance. Avec le
verbe transitif « maintenancer », on aurait pu faire « maintenançable » et « non
maintenançable » et, partant, « maintenançabilité » et « non maintenançabilité
», qui sonnent quand même mieux. Maintainable et unmaintainable
peuvent se traduire par ailleurs par «gérable » et « ingérable » lorsqu’il
s’appliquent à du code de programmation en informatique.
INTOLÉRANCE AUX FAUTES
L’expression française correcte est « sensibilité aux défaillances » (cf «
tolérance aux fautes » infra).
MAINTENANCE BASÉE SUR LA FIABILITÉ (MBF)
Voilà une mauvaise traduction de l’expression anglaise reliability-centred
maintenance, c’est-à-dire littéralement « maintenance centrée sur la
fiabilité ». On rencontre désormais l’expression alambiquée et incorrecte «
optimisation de la maintenance par la fiabilité » (« par la recherche de la
fiabilité » serait plus indiqué).
MAINTENANCE CONDITIONNELLE
Cette expression au sens propre désigne une maintenance soumise à certaines
conditions et n’est donc pas synonyme de l’expression anglaise
condition-based maintenance, où condition-based signifie « lié à
l’état (du matériel) ».
MAINTENANCE DÉPORTÉE
A voir cette expression incongrue, comment ne pas se demander : « déportée sur
la droite ou sur la gauche, sur l’avant ou sur l’arrière ? ». Elle est censée
être la traduction de l’anglais offsite maintenance, littéralement « maintenance
hors site », « maintenance locale ». Ces deux expressions ne seraient-elles pas
plus appropriées ?
MAINTENEUR
Traditionnellement, un « mainteneur » est une personne qui a la charge de
maintenir en vie une institution, une commémoration, une tradition, etc., à
l’instar des « mainteneurs des Jeux floraux » à Toulouse, ou de tel personnage
historique « mainteneur de la Nation », ou encore de tel ancien maquisard «
mainteneur de la mémoire de la Résistance ». Appliquer ce terme à un technicien
de maintenance, c’est en forcer le sens : si l’on peut dire de ce technicien
qu’il « maintient en bon état » le matériel qui lui est confié, on ne peut pas
dire qu’il « maintient » (tout court) ce matériel, expression qui est un
anglicisme suscité par l’anglais to maintain (au sens d' entretenir). «
Maintenancien » (pour une personne) et « maintenanceur ») (pour une société), tous
deux fabriqués à partir du néologisme « maintenancer », sont mieux indiqués.
Quant à « maintenicien », il doit être réservé aux personnes qui font de la «
maintenique » ou maintenance assistée par ordinateur.
MAINTENIR UN SYSTÈME
« Maintenir » un système, c’est le conserver tel quel, ne pas y toucher, ne pas
le remplacer, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que le « maintenir en
état de fonctionnement », ou encore l’ « entretenir ». En fait, à bien y
réfléchir, « maintenir un système », c’est ne pas l’entretenir, ne pas le dépanner,
un comble ! Si en anglais le verbe to maintain correspond bien par le sens au
substantif maintenance, par contre en français le verbe « maintenir »
correspond au susbtantif « maintien ». A défaut d’employer le néologisme «
maintenancer », il convient donc de se contenter de la périphrase « assurer la
maintenance de ». SURVIVABILITÉ
Il ne s’agit ni plus ni moins que de la francisation irréfléchie de l’anglais
survivability, substantif formé sur l’adjectif survivable, lui-même
formé sur le verbe to survive, traduit par « survivre » lorsqu’il est
transitif et « survivre à » lorsqu’il est transitif. « Survivre à » étant un
verbe transitif indirect, « survivable » est impossible en français, il faut se
contenter d’une paraphrase comme « auquel / à la quelle on peut survivre » ou
encore « à fortes probabilités de survie ». Survivability sera donc
traduit par « capacité de survie ».
TOLÉRANCE AUX FAUTES
Cet anglicisme fabriqué à partir de fault tolerance, littéralement «
insensibiltié aux défaillances », est doublé d’une incorrection (il faudrait
dire « tolérance à l’égard des fautes »).
|